Introduction

Les manchots sont des oiseaux marins et migrateurs aux caractéristiques physiques et à la morphologie bien distinctes et singulières.

Cet oiseau a fait preuve d’une grande capacité d’adaptation à son environnement pour supporter des températures extrêmes et pour pouvoir vivre en mer et s’y nourrir. Les manchots sont présents du continent Antarctique à la ligne de l’Equateur.

Ils sont parmi les oiseaux les plus sociables et les plus grégaires avec un comportement social développé.
Sur terre, les manchots se rassemblent en colonies généralement formées à la saison de reproduction. Ces colonies peuvent compter plusieurs centaines de milliers de manchots et couvrir des dizaines de kilomètres carrés.
Les comportements sont complexes et élaborés pour la parade nuptiale, le choix du partenaire et le maintien du nid. Ils communiquent principalement par des vocalises.

La reproduction des manchots et la croissance des poussins suivent le cycle suivant (avec des variations d’une espèce à l’autre):

  • Arrivée au site de nidification des adultes
  • Parade et formation du couple
  • Accouplement
  • Ponte des oeufs
  • Incubation par les parents
  • Eclosion des oeufs
  • Protection et alimentation des poussins par les parents
  • Poussins en crèche
  • 1ère mue (poussin)
  • Indépendance du poussin (il quitte ses parents et la crèche)
  • 2ème mue (plumes d’adulte)

Déjà connus par de nombreux peuples primitifs, les manchots n’ont été que tardivement découverts par les européens. Ils ont rapidement été exploités par les hommes.

Aujourd’hui, la pression de l’homme se fait de plus en plus grande et elle n’est pas sans conséquence pour ces oiseaux. Certaines espèces sont dites ‘à risque‘ et l’ensemble des espèces est désormais protégé.

La découverte de fossiles a permis de mieux comprendre leur évolution par rapport aux oiseaux.

Les différences avec les pingouins sont également abordées ainsi que l’étymologie des noms liés aux manchots.

NB: Ces pages présentent les caractéristiques générales aux manchots. Pour les spécifités d’une espèce ou d’un genre, il faut se reporter aux pages des espèces.

Différences entre manchots et pingouins ?

Pingouins ? Manchots ? C’est pareil ?

Et bien non, ce sont deux familles d’oiseaux totalement différentes même si une ressemblance physique existe.

Les différences

Il y a deux différences fondamentales: leur répartition géographique et leur (in)capacité à voler.

Les pingouins vivent dans l’hémisphère nord et ils peuvent voler !

Quant aux manchots, ils ne peuvent pas voler et ils vivent dans l’hémisphère sud. Donc, aucune chance de voir un manchot au pôle Nord, ou alors qu’un manchot croise un ours polaire.

En français, on utilise abusivement pingouin pour désigner un manchot. Il faut dire qu’en anglais et en espagnol, penguin et pingüino désignent le ‘manchot’ français et non pas le ‘pingouin’.

Grand pingouin

Le nom de pingouin s’appliquait à deux genres différents mais se rapportant au même ordre des alcidés.

Grand pingouin (Londres - NHM)
Grand pingouin (Londres – NHM)

Le grand pingouin

Le grand pingouin ou pingouin brachyptère (plautus impennis), aujourd’hui éteint (dernier spécimen vu le 3 juin 1844 sur l’île Eldey en Islande) était présent dans les îles du Nord, Islande, Orkney, Terre-Neuve, …
Il était de la taille d’une oie, avec les ailes réduites à de courts moignons: il ne pouvait pas voler.
Dos noir, ventre blanc, avec la gorge brune et le contour des yeux blancs, il avait le bec et les pattes noirs. Cet oiseau ne pondait qu’un oeuf par ponte, oeuf gris verdâtre couvert de taches brunes et noires, serrées, formant des dessins irréguliers.

Le petit pingouin

Le petit pingouin, type de genre alca, est l’alca torda de l’Atlantique nord. Celui-là, malgré ses ailes étroites, en lame de sabre, vole bien et longtemps. De la taille d’un canard, il a également le ventre blanc, le dos noir, avec une ligne blanche sur chaque joue. Il niche parmi les rochers, sous les pierres, et ne pond qu’un oeuf. C’est un excellent plongeur, qui vit de poissons, de crustacés et de mollusques.
On peut également l’apercevoir en Bretagne. Mais les marées noires (Amoco Cadiz, Erika, …) et la pêche intensive ont fortement réduit sa population jusqu’à devenir espèce en voie de disparition. On compterait une trentaine de couples en Bretagne.

Les macareux et les guillemots sont assez proches des pingouins.

Source de l’illustration: Nouveau Larousse Illustré (1901)

Caractéristiques physiques

Les manchots actuels et disparus forment l’ordre des Sphenisciformes constitué de l’unique famille des Sphéniscidés.

Taille et Poids

Couple de manchots royaux - Gold Harbour (île Géorgie du Sud)
Couple de manchots royaux – Gold Harbour (île Géorgie du Sud)

Le plus grand des manchots actuels est le manchot empereur avec une taille entre 100 et 130 cm et un poids entre 25 et 41 kg.
Les plus petits des manchots actuels sont le petit manchot bleu et le manchot à ailerons blancs avec une taille entre 40 et 45 cm et un poids d’environ 1,3kg.
Au cours de l’année, en raison de la mue et du jeûne, le poids d’un même manchot peut subir de grandes variations.

Forme du corps

Les manchots ont un corps fusiforme et profilé, parfaitement adapté à la nage et à la plongée.
Globalement, les manchots ont une tête assez grande avec un long bec, un petit cou et un long corps allongé. Les ailes sont petites. La queue est courte et en angle droit par rapport au corps. Les pattes sont situées à l’extrémité du corps.

Couleurs

Tous les manchots adultes sont noir sur le dos et blanc sur le ventre.
Chaque espèce a ses spécificités de couleurs (jaune, orange, bleu) et de marques.

Les poussins, les juvéniles et les manchots immatures ont des couleurs et des taches différentes.
En général, leurs couleurs apparaissent plus mornes et ternes, moins éclatantes.

Comme certains poissons, ce dos sombre et ce ventre clair les camoufleraient dans l’océan aussi bien lorsqu’ils sont vus par au dessus ou par en dessous.
Les prédateurs marins et les proies ne peuvent pas les distinguer nettement.

Œufs et poussins

Œufs

Manchot à jugulaire avec 2 œufs – île de l’Eléphant (îles Shetland du Sud)

Chaque espèce a sa forme et couleur d’œuf.
Les oeufs ont des couleurs variant du blanc au blanc bleuté ou blanc tirant sur le vert.
Chez les manchots Adélie et de Humboldt, l’œuf est plus ou moins rond. Pour les manchots empereurs et royaux, la forme est plus proche d’une poire.

La taille et le poids de l’œuf varient selon les espèces.
Les programmes de reproduction de SeaWorld ont permis d’obtenir les chiffres suivants:

  • manchot empereur : taille de 11,1 à 12,7 cm ; poids de 345 à 515 g
  • manchot Adélie : taille de 5,5 à 8,6 cm ; poids de 61 à 153,5 g

Le nombre d’oeuf(s) dépend aussi de chaque espèce:

  • manchots empereur et royal
    Ils ne pondent qu’un unique œuf.
  • genres Pygoscelis, Spheniscus et Eudyptula (à l’exception du manchot à jugulaire)
    Deux oeufs sont pondus. Le premier œuf est généralement plus grand que le second et il éclot le premier. Le premier a plus de chance de survivre que le second: il sera plus grand et robuste que le second à son éclosion. Ce second, généralement plus petit, peut difficilement rivaliser avec le premier pour la nourriture et il va périr.
  • genre Eudyptes (gorfous)
    Deux oeufs sont pondus. Le second, et par conséquent, le poussin est généralement le plus gros des deux et celui qui survivra. Aucune explication scientifique n’a permis de comprendre cette différence avec les autres espèces.
  • manchot à jugulaire et manchot à oeil jaune.
    Ils pondent généralement deux œufs. Les deux poussins sont élevés et il n’y a quasiment aucune différence de taille.

L’incubation

Oeuf couvé par manchot Adélie – île du Roi George (îles Shetland du Sud)

Pendant l’incubation, les deux parents alternent pour maintenir l’œuf au chaud. L’exception revient au manchot empereur où seul le mâle couve l’œuf.
Comme tous les oiseaux qui couvent, les manchots protégent l’oeuf par un repli flasque de la peau abdominale. La partie intérieure de ce pli est une zone de peau sans plume fortement irriguée en veines et vaisseaux sanguins. Gorgée de sang, la chaleur du corps est transféré à l’oeuf.
Le temps d’incubation varie d’une espèce à l’autre : cela va d’un mois (gorfou huppé) jusqu’à 62 à 67 jours (manchot empereur).
La température d’incubation est d’environ 36°C. C’est un peu moins pour les grandes espèces.
La raison principale d’un échec est la mauvaise synchronisation entre le mâle et la femelle lors de l’incubation. Le cas fréquent est celui où la femelle revient après le départ du mâle, laissant l’oeuf se refroidir et dépérir. Un mâle quittera spontanément le nid si la motivation de se nourrir est plus grande que celle de couver.

L’éclosion

Manchot papou et son poussin – Île Carcass (Malouines)

Les poussins commencent par faire un petit trou dans l’oeuf. Ensuite, ils ébréchent la coquille jusqu’à ce qu’ils puissent détacher et faire tomber le sommet pour enfin sortir. Cela peut prendre jusqu’à trois jours.
Pour la plupart des espèces, les poussins naissent avec un fin duvet. Dans le cas des manchots royaux, les poussins naissent nus et le duvet va pousser en quelques semaines. Les plumes du duvet ne protégent pas les poussins de l’eau; les poussins ne peuvent se rendre en mer qu’après l’apparition du plumage juvénile. Le plumage adulte n’apparait qu’au bout d’un an.
Dans chaque espèce, les couleurs (blanc, gris, noir ou marron) et les marques des poussins sont complétement différentes de celles des adultes. Certains scientifiques avancent que les manchots adultes ne perçoivent pas les poussins comme étant des concurrents pour l’accouplement ou pour les sites de nidification. La coloration peut également faire ressortir le comportement parental chez les adultes.

Prise en charge par les parents

Poussin nourri par son parent manchot royal – Salisbury Plain (île Géorgie du Sud)

Pour survivre, les poussins demandent une grande attention de la part des parents. Les deux parents nourrissent le poussin en régurgitant. Les parents ne nourrissent que leurs poussins et ils les reconnaissent à leur cri ou vocalise (propre à chaque poussin).
Les poussins sont maintenus au chaud par le repli flasque de la peau abdominale utilisé pour l’incubation.
Dans certaines espèces, à partir d’un certain âge, les poussins peuvent être rassemblés dans des groupes appelés crèches. Les poussins sont alors mieux protégés des éléments et des prédateurs. Les espèces tempérées ou sub-tropicales (gorfous Eudyptes, Spheniscus) ne forment pas de crèche.

Développement du poussin

Un poussin dépend de ses parents pour survivre entre l’éclosion et l’âge où ses plumes (imperméables) apparaissent. Cette période va de sept semaines pour le manchot Adélie à 13 mois pour le manchot royal. Dès que le poussin a des plumes (remplaçant le duvet juvénile perméable), il peut aller en mer et il devient indépendant de ses parents.

Morphologie

Ailes / Nageoires / Ailerons

Manchot Adélie – île du Roi-George (îles Shetland du Sud)

Les ailes sont rigides, plates et fuselées: elles sont idéales pour nager et on peut les considérer comme des nageoires: les manchots volent dans l’eau.
Les os sont devenus plus plats et larges; les articulations du coude et du poignée ont quasiment fusionnées; les longues plumes situées à l’extrémité des ailes ont laissé place à de courtes plumes.

Tête

La tête est caractéristique de chaque espèce de manchots.

Les yeux

La couleur de l’iris varie selon les espèces:

  • brun, brun-rouge ou brun-doré pour la plupart des espèces
  • rouge pour les gorfous sauteur et macaroni
  • bleu-gris pour les petit manchot bleu et manchot à ailerons blancs
  • jaune pour le manchot à oeil jaune

Les yeux sont protégés par une membrane nictitante, parfois appelée troisième paupière. Ils sont adaptés à la vision sous-marine. En dehors de l’eau, les manchots seraient myopes.
Les manchots ont la vision des couleurs et ils sont sensibles au violet, bleu et vert clair.

Le bec

La forme du bec différe selon le régime alimentaire:

  • Il a tendance à être plus long et fin pour les espèces se nourrissant principalement de poissons et de calamars.
  • Il est plus court et épais pour celles se nourrissant de krill.

La langue rapeuse et les puissantes machoires les aident à bien attraper et avaler les proies vivantes et glissantes.

L’ouïe

Comme pour la plupart des oiseaux, on suppose que l’ouïe est bien développée chez les manchots même si elle ne semble pas aussi développée que pour les mammiféres marins.
La fréquence d’audition des oiseaux est de 0,1-8kHz (pour l’homme, elle est ). L’ouïe des manchots n’a pas été beaucoup étudiée au contraire des vocalises.

Le goût

Le goût n’a pas été étudié en détails chez les manchots. Mais, en général, le goût n’est pas très développé chez les oiseaux.

L’odorat

L’odorat semble plus développé que les premières études l’indiquaient. En particulier, le lobe olfactive du cerveau des manchots est de taille importante.(1) Les études sur des manchots de Humboldt en captivité ont indiqués que cette espèce avait une notion de l’odorat.(2)

Queue

La queue est courte comprenant de 14 à 18 plumes rigides.
Pour les manchots Adélie, papou et à jugulaire, les plumes de la queue sont plus longues; ils les utilisent souvent comme support à terre.

Pattes

Les courtes pattes palmées sont à l’extrémité du corps pour nager plus vite. Cette position des pattes permet au manchot de se tenir droit sur terre et de marcher à deux pattes comme des humains.

Plumes

Des plumes lustrées recouvrent uniformément la peau des manchots.
Les plumes sont très courtes (de 2 à 8cm), larges et rapprochées pour empêcher l’eau d’être en contact avec la peau.
Des touffes de duvets conttribuent aux propriétés isolantes des plumes.
La densité des plumes chez les manchots est plus grande que pour la plupart des autres oiseaux.

Lissage des plumes

Le lissage des plumes est une activité importante et fréquente des manchots. Cette activité est primordiale afin de maintenir leurs plumes en bon état et de garantir l’imperméabilisation et l’isolation thermique.
Une glande à la base de leur queue secréte une huile que les manchots répartissent sur les plumes avec leur bec.
Les manchots se lissent les plumes pendant plusieurs minutes dans l’eau en frottant leur corps avec leurs nageoires tout en tournant et se retournant dans l’eau.

Mue

Mue d’un poussin manchot royal – Gold Harbour (île Géorgie du Sud)

La plupart des espèces de manchots ont une mue compléte (perte et renouvellement des plumes) chaque année, souvent après la saison des amours. La seule exception est le manchot des Galàpagos qui a deux mues par an.

La mue est essentielle car les plumes s’usent au cours de l’année par le contact avec le sol et l’eau, le frottement avec les autres manchots et par le lissage régulier (nettoyage, réarrangement, huile).
Les nouvelles plumes poussent sous les anciennes, jusqu’à les pousser et les évincer. Les anciennes plumes ne tombent pas avant que les la totalité des nouvelles aient poussées.
La mue est irréguliére et peut donner des allures bizarres aux manchots.

Pendant la mue, les plumes perdent leurs propriétés imperméables et isolantes. Les manchots ne rentrent pas dans l’eau tant que leur plumage n’a pas retrouvé des conditions optimales.
Les manchots sont donc contraints au jeûne. Ils subsistent alors grâce à une couche de graisse qui fournit l’énergie nécessaire jusqu’à la fin de la mue.
La durée moyenne de la mue varie selon les espèces: 13 jours pour le manchot des Galápagos jusqu’à 34 jours pour le manchot empereur.

Sources:
(1)Muller-Schwarze, 1984
(2)del Hoyo, et al., 1992

Adaptation au milieu aquatique

La nage

Manchots royaux en bord de mer – Gold Harbour (île Géorgie du Sud)

Certaines espèces de manchots passent plus des trois-quarts de leur vie en mer.
La majorité des espèces passent plusieurs mois en mer, ne venant à terre que pour se reproduire et muer.

Vitesse des manchots

La vitesse des manchots en mer n’est pas très connue.
Les plus rapides seraient le genre Apténodytes. Ainsi, le manchot empereur a déjà été mesuré à une vitesse moyenne proche de 10 km/h sur plusieurs centaines de kilomètres. Il peuvent atteindre les 20 km/h sur de courtes vitesses.(2)
Les manchots royaux et à jugulaire ont déjà été observés à 8,6 km/h.
Pour les manchots Adélie, la moyenne se situe à 8 km/h; il peut faire de courtes pointes à 25 km/h pour échapper à ses prédateurs.
Le petit manchot bleu a été mesuré à 2,5 km/h.

Morphologie pour la nage

Afin d’avoir le mimunum de résistance dans l’eau, les manchots se mettent le plus droit possible en recroquevillant leur tête dans leurs épaules.
Les pattes et la queue sont dans le prolongement du corps et les aident à se diriger.

Les manchots se meuvent dans l’eau avec leurs ailes utilisées comme nageoires.
Les mouvements des ailes ressemblent à ceux des oiseaux dans l’air: ils ont l’impression de voler dans l’eau.
Les ailes et la poitrine sont musculairement bien développés pour leur permettre de se propulser sous l’eau (milieu plus dense et plus résistant que l’air).
Les os des manchots sont plus solides et denses pour leur permettre de surmonter la flottabilité.

Respirer en nageant

Manchots papous en mer (Péninsule Antarctique)

Bien que ce soit plus efficace et moins épuisant de nager sous l’eau qu’à la surface, ils doivent régulièrement remonter à la surface pour respirer.
Ils sont capables de continuer à respirer tout en nageant rapidement (7 à 10 km/h).

Le marsouinage

A la surface, ils ont tendance à nager par sauts (marsouiner) à l’identique des dauphins et des marsouins.
Ce type de nage permet également de perturber les prédateurs lors de poursuites.
Les manchots empereurs ne font pas de marsouinage, et ce comportement n’est pas fréquent pour les manchots royaux et le genre Spheniscus. Les autres espèces le pratiquent couramment.

Navigation

Des études sur les manchots Adélie sembleraient indiquer qu’ils utilisent le soleil pour se diriger. Ils s’adapteraient donc à la rotation du soleil dans le ciel.(1)

La plongée

La plupart des proies des manchots vivent à faible profondeur.
Les manchots n’ont donc généralement pas besoin de plonger profondément ou pour de longues périodes.

En général, la plongée dure moins d’une minute.
Mais les manchots papous et Adélie ont des records de 7 minutes. Le manchot à jugulaire peut plonger à 70m mais la moyenne est à moins de 45m; la moitié des plongées sont à moins de 10m et pour une durée de 20 à 30s. Le manchot Adélie plonge jusqu’à 170m.

Des études ont été effectuées avec des balises radio et des enregistreurs automatiques de profondeur sur les manchots empereurs.
Cette espèce pêchent des calamars et des poissons dans les eaux intermédiaires, et donc elle plonge plus profondément et reste plus longtemps immergée que les autres espèces.
Le record de plongée est de 535m. La plongée la plus longue est de 21 minutes. Ces deux mesures sont des extrêmes; la plupart des plongées sont à moins de 21m et durent de 2 à 8 minutes.

Pendant les plongées, le rythme cardiaque du manchot baisse. Les manchots Adélie réduisent leur rythme cardiaque de 80 / 100 pulsations par minute à 20. Le rythme cardiaque d’un manchot empereur baisse de 15%.

La redistribution du sang dans le corps des manchots lors des plongées est encore inconnue.

Sécrétion de sel

Manchots papous – Neko Harbor (Péninsule Antarctique)

Comme d’autres oiseaux marins, les manchots ont des glandes au niveau du bec qui leurs permettent de se débarasser des excés de sel dans le corps.
Ces secrétions de sel et de fluide apparaissent sous la forme de gouttelettes sur le bec et sont rejetées en secouant la tête.
Ces glandes sont tellement efficaces que les manchots peuvent boire de l’eau de mer sans en être affecté.

Sources:
(1) Sparks and Soper, 1987
(2) Australian Geographic n°85 Jan-Mar 2007

Adaptation au froid et au chaud

La thermorégulation

La température interne des manchots se situe entre 37,8°C et 38,9°C.(1)

Le système circulatoire d’un manchot s’ajuste pour conserver ou relâcher la chaleur du corps pour maintenir une température corporelle constante.
Pour conserver au mieux le corps chaud et éviter une trop grande dissipation de chaleur, les systèmes sanguins des ailes et des pattes permettent de transférer une partie de la chaleur du sang affluant vers le sang à destination du coeur.(2)

L’isolation thermique

Les différentes couches de plumes se chevauchent et rendent pratiquement impénétrables le vent et l’eau.

Les touffes de duvets sous les plumes permettent d’y pièger de l’air. Cette couche d’air fournit une isolation thermique de l’ordre de 80% pour les manchots.(3)(4)

Une couche de graisse sous la peau améliore également l’isolation thermique.

Les espèces des climats plus froids ont tendance à avoir des plumes plus longues et une couche de graisse plus épaisse que les espèces des zones aux climats plus chauds.

Résister au froid

Sur terre

Manchot Adélie – île du Roi-George (îles Shetland du Sud)

Pour conserver leur chaleur, les manchots peuvent plaquer leurs ailes le long de leur corps. Ils peuvent aussi grelotter pour générer plus de chaleur.
Le plumage noir sur le dos des manchots absorbe la chaleur du soleil, ce qui augmente la température du corps.

Les manchots royaux et empereurs peuvent basculer leurs pieds, et ainsi faire reposer intégralement leur poids sur les talons et la queue, réduisant ainsi le contact avec le sol glacial.

Les manchots empereurs se rassemblent en petits groupes, appelés ‘tortue’, pour conserver la chaleur. Jusqu’à 6.000 mâles peuvent former un groupe tout en couvant leur oeuf en plein hiver antarctique.
Ils sont également capables de récupérer 80% de la chaleur qui s’échapperait par la respiration grâce à un complexe système d’échanges thermiques dans leurs voies nasales.

Dans l’eau

L’imperméabilisation du corps par les plumes permet aux manchots de se rendre dans l’eau froide. La température de l’eau est en générale de -1,8°C en Antarctique (et peut atteindre -2,2°C).

La couche de graisse n’est pas suffisante pour que le corps garde une température stable en mer et les manchots doivent demeurer actifs dans l’eau pour se réchauffer.

La couche d’air piègé au niveau du duvet est comprimée pendant les plongées et elle peut même se dissiper en cas de plongée trop longue. Les manchots réarrangent leur plumes par lissage.

Lutter contre la chaleur

Manchot Adélie qui a trop chaud – île du Roi-George (îles Shetland du Sud)

Paradoxalement, toutes les espèces de manchots peuvent être confrontées à la chaleur lorsqu’ils sont à terre.

Si le corps devient trop chaud, les vaisseaux sanguins dans la peau se dilatent, emmenant la chaleur de l’intérieur du corps vers la surface où elle va être dissipée.
Les manchots ont alors plusieurs moyens d’empêcher la surchauffe :

  • en écartant ses ailes pour les séparer du corps afin que les faces internes et externes soient exposées à l’air et libérent donc de la chaleur.
  • en haletant
  • en ébouriffant leurs plumes pour casser la couche isolante d’air proche de la peau et ainsi libérer de la chaleur
  • en se déplaçant dans des zones à l’ombre

Il est à noter que les espèces tempérées (genre Spheniscus) ont moins de plumes sur les pattes et qu’ils ont une zone sans plume sur la tête.
Sources:
(1) Simpson, 1976
(2) Brooke and Birkhead, 1991
(3) Muller-Schwarze, 1984
(4) Sparks and Soper, 1987

Habitat et colonies

Colonie de manchots royaux - Salisbury Plain (île Géorgie du Sud)
Colonie de manchots royaux – Salisbury Plain (île Géorgie du Sud)

La totalité des espèces de manchots vivent dans l’hémisphére Sud. Ils sont principalement présents dans les régions antarctique et sub-antarctique. Certaines espèces vivent dans des zones tempérées (Amérique du Sud, Afrique australe, Australie, Nouvelle-Zélande) et une espèce vit même au niveau sur l’Equateur dans l’archipel des Galapàgos.

Les manchots sont des oiseaux migrateurs. Durant leur migration, ils sont toujours en mer (certaines espèces passent jusqu’à 75% de leur vie en mer). Ils ne reviennent à terre que pour se reproduire et élever leur(s) poussin(s). La plupart des espèces sont grégaires et forment alors de larges colonies à terre.

Ces colonies sont toujours à proximité de la mer et des courants froids (riches en nutriments et nourriture abondante). C’est en général sur des îles ou alors des régions reculées des continents. Ils sont alors à l’abri des prédateurs et leur incapacité à ne pas voler ne nuit pas à leur survie.

Ils s’éparpillent à partir des colonies pour se nourrir dans les proches eaux côtières. Les manchots nagent et se nourrissent en petits groupes de 5 à 20 individus. Ils peuvent plonger en solitaire pour pêcher.

Les jeunes se dispersent lorsqu’ils quittent la colonie et ils peuvent errer plusieurs milliers de kilomètres Ils reviennent alors dans les colonies à leur maturité (après avoir mué et quand ils sont capables de se reproduire).

Les colonies

Colonie de gorfous macaroni – Cooper Bay (île Géorgie du Sud)

Les environnements de nidification changent selon les espèces:

  • Manchot empereur
    Il forme des colonies à proximité des côtes du continent Antarctique et sur les îles adjacentes. Il préfére les sites plats, protégés du vent avec un accès aisés vers les zones alimentaires.
  • Manchot royal
    Il fait son nid et éléve son poussin sur les îles sub-antarctiques et antarctiques. Il préfére les plages et les vallées dans des zones plates ou en légère pente, libre de toute neige ou glace, et accessible depuis la mer.
  • Manchot Adélie
    Il nidifie souvent sur le continent Antarctique ou les îles adjacentes sur des sites rocheux, des péninsules, des plages, des collines, des vallées et autres zones libres de glace.
  • Manchot papou
    Il nidifie à l’intérieur des terres ou sur la côte au niveau de l’Antarctique, des îles sub-antarctiques et de la péninsule Antarctique. Il a tendance à se reproduire sur des terrains sans neige et sans glace sur les plages, dans les vallées, les collines et le sommet des falaises.
  • Manchot à jugulaire
    Il nidifie sur des pentes raides.
  • Gorfou des Fjordland
    Il nidifie dans les forêts fluviales et humides et de la côte, sous les buissons et les arbustes, entre les racines des arbres, dans les trous ou dans les grottes.
  • Manchot des Galápagos
    Il nidifie dans des grottes volcaniques ou dans des fissures de rocher volcanique.
  • Manchots des zones tempérées (de Magellan, du Cap, de Humboldt), le petit manchot bleu et le manchot à ailerons blancs
    Ils nidifient dans des terriers. Ces espèces se reproduisent dans des zones dont le climat va du tropical au sub-antarctique. Les terriers sont un environnement à la température relativement constante (entre 25°C et 29°C) idéale pour les oeufs et les poussins. Le manchot de Humboldt construit son terrier dans les dépots de guano.

Population

Colonie de manchots Adélie – île Penguin (îles Shetland du Sud)

Les données sur les populations sont généralement réalisées sur les colonies pendant la période de reproduction.

Les méthodes de comptage varient: compter le nombre de poussins, compter le nombre de nids ou alors compter le nombre de couples. Ces méthodes ne prennent pas en compte les manchots qui ne sont pas en âge de se reproduire. Les chiffres peuvent considérablement varier d’une étude à l’autre.

L’espèce la plus nombreuse est le manchot à jugulaire avec des chiffres pouvant atteindre jusqu’à 7,5 millions de couples en âge de reproduction.

Les colonies (taille, densité, nombres de manchots, …) dépendent d’une espèce à l’autre.

  • Manchot royal, gorfou Macaroni, gorfou de Schlegel, manchot Adélie et manchot à jugulaire
    Les colonies peuvent compter jusqu’à plusieurs centaines de milliers de couples. La densité peut être importante: de 0,3 à 1,4 par m2 pour les manchots Adélie, papous et à jugulaire. Quand aux gorfous Macaroni, Schlegel sauteurs, la densité est de 2,2 à 2,4 par m2 et les nids sont de 60 à 80cm les uns des autres.
  • Manchot papou
    Les colonies ne comptent qu’au maximum 100 couples. La densité est moindre: 0,2 à 0,4 par m2 sur la péninsule Antarctique pour tomber à 0,05 nid par m2 sur l’archipel Crozet.
  • Manchot à oeil jaune
    Cette espèce est solitaire. Les nids sont distants les uns des autres d’au moins 150m. On compte de 1 à 5 nids pour 10.000m2
  • Gorfou des Fjordland
    Il préfére la solitude et la tranquillité avec un maximum de deux à trois nids à proximité en forêt

Comportements

Communication sonore

Vocalises par des manchots à jugulaire – île de l’Éléphant (îles Shetland du Sud)

Les manchots communiquent entre eux par sons qu’on appelle vocalises.

Ces vocalises sont propres à chaque manchot (un peu comme la voix ou les empreintes digitales chez les humains). Elles permettent ainsi d’identifier chaque manchot et donc aux manchots de se reconnaître entre eux.
Ce facteur d’identification et de reconnaissance est important étant donné la taille importante des colonies et la très grande ressemblance des manchots entre eux.
Il est crucial pour que les parents reconnaissent leur(s) poussin(s).

Ces vocalises sont également utilisées lors de la période nuptiale et dans le choix du partenaire.

On distingue trois types de vocalises de manchots:

  • La vocalise ‘contact’
    Elle est souvent utilisée en mer pour compléter la reconnaissance visuelle des membres de la colonie.
  • La vocalise ‘reconnaissance’
    C’est la plus complexe et elle est utilisée entre membres de la colonie. Elle comporte et transmet les informations sur la territorialité, la sexualité et la reconnaissance individuelle.
  • La vocalise ‘menace’
    C’est la plus simple et elle est utilisée pour défendre son territoire ou prévenir de l’arrivée de prédateurs.
Vocalises par des manchots à jugulaire – île de l’Éléphant (îles Shetland du Sud)

Communication visuelle – comportements physiques

Les comportements physiques des manchots sont en complément des vocalises. Ils permettent de signaler la position du nid, l’accouplement, les rituels autour du nid, la reconnaissance du partenaire et du poussin et la défense contre les intrusions.

Le sommeil

Un manchot dort avec son bec replié sous une aile. Ceci ne leur serait d’aucune utilité mais ce serait un héritage de leur évolution depuis les oiseaux volants.
Pour conserver de l’énergie pendant le jeûne, les manchots peuvent augmenter leur temps de sommeil. Ainsi, pendant l’hiver Antarctique, quand la période d’obscurité peut durer plus de 20 heures, les manchots empereurs, en petits groupes, lorsqu’ils couvent l’oeuf, passent la majorité du temps à dormir.

Régime alimentaire

Les proies

Krill – île de la Déception (îles Shetland du Sud)

Le régime alimentaire des manchots est principalement constitué de krill, de calamars et de poissons.
Chaque espèce a ses propres spécificités ce qui, dans un sens, réduit la concurrence entre les espèces.

Globalement, les espèces de petites tailles de l’Antarctique et des îles subantarctiques se nourrissent de krill et de calamars.
Les manchots royaux et empereurs mangent des poissons et des calamars.
Les espèces plus au nord mangent plus de poissons.

La quantité de nourriture nécessaire à un manchot est variable selon l’espèce, l’âge, la variété et la quantité de nourriture disponible dans chaque région.
Des études avaient montré qu’une colonie de 5 millions de manchots d’Adélie peut quotidiennement manger 8 millions de kilos de krill et de petits poissons.(1)

Les manchots se nourrissent toujours en mer à l’exception des poussins (régurgitation par les parents).

Les manchots utilisent la vision pour attraper leurs proies. On ne sait pas encore si les manchots peuvent localiser leurs proies dans l’obscurité (grande profondeur) ou pendant la nuit. Certains scientifiques avancent que les manchots pourraient être aidés par la bioluminescence de certaines proies.
Les manchots attrapent leurs proies avec leur bec et ils l’avalent entier tout en nageant.

Le jeûne

Tous les ans, les manchots subissent une période de jeûne.

Les manchots se fabriquent une couche de graisse qui leur fournira l’énergie nécessaire.

Plusieurs raisons sont à l’origine du jeûne:

  • La saison des amours
    Les manchots jeûnent alors pendant des périodes prolongées : ils ne quittent pas les nids d’où l’impossibilité de se nourrir. Certains manchots jeûnent pendant toute la parade nuptiale, la nidification et la période d’incubation.
  • La mue
    Les manchots jeûnent également pendant cette période: la perte des plumes diminue les propriétés d’imperméabilisation et d’isolation thermique et empêche les manchots d’aller en mer pour se nourrir.
  • Les poussins
    Les poussins jeûnent au moment ils sont prêts à perdre leur plumage juvénile pour leur plumage adulte. Normalement, à cette époque, les parents ne nourrissent plus les poussins. La croissance est arrêtée pendant cette période de jeûne mais recommence dès que la mue est terminée.

La durée de jeûne dépend de l’espèce, du sexe et du type de jeûne.
Les manchots royaux et empereur ont les plus longues périodes de jeûne.
Les mâles manchots royaux, pendant la saison des amours, peuvent jeûner jusqu’à 54 jours (période nuptiale, première rotation d’incubation).
Les mâles manchots empereur, pendant la saison des amours, peuvent jeûner jusqu’à 90 à 120 jours (période nuptiale, toute la période d’incubation).

Sources:
(1) Sparks and Soper, 1987

Prédateurs

Les prédateurs naturels

En mer

Deux prédateurs prédominent en mer:

  • Phoque léopard (Hydrurga leptonyx)
    Il peut manger jusqu’à 15 manchots par jour.
  • Orque (Orcinus orca)

D’autres prédateurs s’attaquent aux manchots:

  • Requin blanc
  • Phoque de Weddell (rarement)
  • Otarie de Hooker (Phocarctos hookeri) s’attaque parfois aux manchots à oeil jaune
  • Otarie du Cap est le principal prédateur du manchot du Cap

Sur terre (îles sub-antarctiques et Antarctique)

Manchot royal dévoré par pétrels géants et skuas – Salisbury Plain (île Géorgie du Sud)

Les prédateurs sont des oiseaux (ni mammifère, ni reptile) qui ont l’avantage de voler par rapport aux manchots. Certaines espèces attaquent en bande, d’autres se débrouillent par elles-mêmes.
Avec les manchots regroupés en colonies, ils ne peuvent s’attaquer qu’aux oeufs, qu’aux poussins éloignés de la colonie et qu’aux manchots affaiblis par la maladie.
Les principaux sont:

  • Skua Antarctique (Catharacta antarctica)
    Ils travaillent souvent par paire, l’un distrait le parent à terre pour que l’autre puisse plonger et s’emparer de l’oeuf ou s’attaquer au poussin.
  • Pétrel géant antarctique (Macronectes giganteus)
  • Grand bec-en-fourreau (Chionis alba)
    Ils essaient d’intercepter la nourriture lorsque le parent le régurgite pour le poussin
  • Caracara de Forster (Phalcoboenus australis) uniquement présent dans les îles Malouines s’attaquent aux poussins.
  • Pétrel de Wilson (Oceanites oceanicus)
  • Goéland dominicain

Sur terre (hors îles sub-antarctiques et Antarctique)

Dans les zones tempérées, d’autres espèces peuvent s’en prendre principalement aux oeufs et aux poussins:

  • Renard
  • Serpent
  • Ibis (pour le manchot du Cap)
Renard – Torres del Paine (Chili)

Les prédateurs introduits

De nombreuses espèces de manchots s’étaient développées sur des îles inhabitées. Un équilibre parfait existait pour empêcher leur trop grande expansion ou leur disparition.

L’homme a souvent bouleversé cet équilibre en introduisant volontairement (animaux d’élevage, de compagnie) ou involontairement d’autres espèces qui se sont révélées être de nouveaux prédateurs des manchots.

Les espèces suivantes s’attaquent de préférence aux oeufs et aux poussins:

  • Chat sauvage ou domestique
  • Chien sauvage ou domestique
  • Hermine, belette et fouine
  • Rat et souris
  • Weka

Des herbivores tels que du bétail, des chevaux, des cochons, des moutons, des lapins et des chèvres peuvent détruire les habitats et les nids des manchots.

Des tiques ont été trouvés sur les gorfous sauteurs de l’île Campbell. Ces tiques sont susceptibles d’être infectés par le choléra des oiseaux.

Clôture et colonie de manchots papous – Île Carcass (Malouines)

Reproduction

Maturité sexuelle

Accouplement de manchots à jugulaire – île de l’Eléphant (îles Shetland du Sud)

Comme la plupart des oiseaux marins, les manchots vivent longtemps.
Les manchots atteignent leur maturité sexuelle entre 3 et 8 ans. Pour les plus petites espéces, la reproduction peut commencer à 3 ou 4 ans. Les espèces plus grandes commencent plutôt à se reproduire vers 5 ans, et quelques mâles ne se reproduisent qu’à partir de 8 ans.

La saison de reproduction

Les saisons de reproduction différent selon les espèces.
La plupart des espèces ont tous les ans une saison de reproduction, du printemps à l’été.

Il y a quelques exceptions:

  • Manchot royal
    Il a le cycle de reproduction le plus long des manchots avec une durée entre 14 et 16 mois d’où deux poussins par période de 3 saisons de reproduction (3 ans).
  • Manchot empereur
    Il ne se reproduit que pendant l’hiver antarctique, de juin à août.
  • Petit manchot bleu et Manchot à ailerons blancs
    Il peut se reproduire tout au long de l’année et a le plus petit cycle de reproduction, environ 50 jours.
  • Manchots des zones tempérées: manchots de Humboldt, du Cap ou des des Galàpagos
    Ils peuvent se reproduire toute l’année avec deux cycles par an.

Les rites nuptiaux

Accouplement de gorfous macaroni – Cooper Bay (île Géorgie du Sud)

Les rites nuptiaux varient selon les espèces.
Cela commence en général par des signaux visuels et auditifs. Dans la plupart des espèces, les mâles se manifestent en premier en préparant un nid et ensuite ils cherchent une femelle.
La plupart des espèces de manchots sont monogames (un mâle ne s’accouple qu’à une seule femelle pendant une saison).
C’est la femelle qui choisit le partenaire et c’est souvent le même mâle que la saison précédente.
Les manchots Adélie reforment le même couple que la précédente année a 62%. Pour les manchots à jugulaire, c’est à 82% et pour les manchots papou à 90%.(2) Une étude sur les manchots Adélie a même montré que les femelles reformaient couple avec le même mâle que l’année précédente dans les minutes suivant sont arrivée au site de nidification.(1) Si une femelle choisit un mâle différent, c’est que généralement le mâle de la saison précédente n’a pas réussi à revenir au site de nidification ou n’est pas arrivé à temps.

Nidification

Construction de nid par un couple de manchots à jugulaire – île de l’Eléphant (îles Shetland du Sud)

Les études ont montré que la plupart des manchots restaient fidèles à la même colonie pour y retourner tous les ans. Les manchots retournent également sur le même emplacement de la colonie. Les mâles manchots Adélie sont fidèles à 99% de leur territoire de l’année précédente. Pour les manchots à jugulaire, c’est à 94% et pour les manchots papou, c’est à 63%.(2)
Les mâles arrivent en premier à la colonie pour prendre position du futur nid et protéger leur territoire. Une étude à montré que pour les manchots Adélie et à jugulaire, les femelles arrivent respectivement un jour et 5 jours après l’arrivée des mâles.(2)
Certains scientifiques pensent que les manchots retournent dans la colonie où il serait né et élevé.(3)

Les matériaux pour construire les nids varient d’une espèce à l’autre et d’un site à l’autre.

  • Manchot Adélie
    Il utilise de petites pierres. Cette espèce de manchot est connu pour voler les pierres dans les autres nids. Ce manchot peut également apporter une pierre à sa compagne en signe d’accueil ou pour la rassurer.
  • Manchot à jugulaire
    Il construit généralement son nid avec un périmètre de 8 à 10 pierres, suffisant pour empêcher les oeufs de rouler en dehors du nid.
  • Manchot papou
    Il construit son nid à partir de cailloux, de galets et de plumes (tombées lors de la mue) en Antarctique et de végétation sur les îles sub-antarctiques. Des études ont montré qu’un nid de taille moyenne pouvait être composé de 1700 petits caillous et 70 plumes de la queue.
  • Manchots royal empereur
    Ils ne construisent pas de nid.
  • Manchots des zones tempérées (de Magellan, du Cap, de Humboldt), le petit manchot bleu et le manchot à ailerons blancs
    Ils construisent un terrier.

Sources:
(1)Davis and Speirs, 1990
(2)Trivelpiece, 1990
(3)Muller-Schwarze, 1984

Évolution

Séparation des oiseaux volants

La séparation avec les oiseaux volants se serait effectuée il y a entre 30 et 50 millions d’années (2)(3) pour évoluer peu à peu vers les manchots actuels.

On suppose qu’avec l’absence de prédateurs terrestre (à l’exception d’autres oiseaux) et avec l’évolution vers un régime alimentaire d’origine océanique, ils avaient de moins en moins besoin de voler et qu’ils ont donc progressivement perdu cette capacité pour acquérir celle de nager et de plonger: la principale modification morphologique est la transformation des ailes en nageoires.

Les ordres les plus proches des manchots actuels sont les Procellariiformes (principalement les albatros, les pétrels et les puffins)(1) et les Gaviiformes (ordre comprenant uniquement les plongeons)(2). Des études de l’ADN pourraient suggérer un lien avec les frégates (ordre Pelecaniformes)(2).

Les Eudyptula (le petit manchot bleu, le manchot à ailerons blancs ) sont considérés comme les plus primitifs car assez proche des puffins (trou tubulaire dans les narines).

Les manchots préhistoriques

Les scientifiques pensent que les manchots préhistoriques ont commencé à disparaître au même moment que l’augmentation du nombre de phoques et d’otaries (Pinnipedia) et de petites baleines, dauphins et orques (Odontoceti) préhistoriques dans les océans.

Ces scientifiques ont émis l’hypothèse que deux facteurs ont contribué à l’extinction des manchots:(5)

  • les phoques, baleines et manchots étaient en concurrence pour la même source de nourriture
  • les manchots sont devenus les proies de certaines espèces de phoques et de baleines

Les espèces de manchots survivantes le doivent à leur petite taille (moyenne de 60cm pour les manchots actuels contre 90cm pour les manchots préhistoriques), à leur vitesse de nage sous l’eau et à leur régime alimentaire (nourriture plus petite que celles des prédateurs).

Les Fossiles

32 espèces de manchots éteintes sont actuellement reconnues.(1)

Aujourd’hui, l’ensemble des fossiles de manchots n’ont été découverts que dans l’hémisphère Sud et uniquement dans des régions où les manchots actuels vivent.(3)

Les premiers fragments de fossiles de manchots ont été découverts en Nouvelle-Zélande au milieu du XIXème siècle.

  • Palaeeudyptes antarcticus

Ce manchot fossile vivait pendant la période éocène (il y a 38 à 42 millions d’années).(4)
Sa hauteur est estimée entre 1,2 et 1,5m.
Ce spécimen est aujourd’hui conservé au British Natural History Museum de Londres.(5)

  • Pachydyptes ponderosus

Ce fossile avait probablement une hauteur entre 1,40m et 1,70m pour un poids compris entre 90 et 135 kg.
Il vivait pendant la période miocène (il y a 11 à 25 millions d’années).
Il fut trouvé à Oamaru (Nouvelle-Zélande) en 1905.

  • Anthropomis nordenskjoldi

Ce fossile avait probablement une hauteur entre 1,50m et 1,70m pour un poids compris entre 90 et 135 kg. Il est considéré comme le plus grand manchot connu.
Il vivait pendant la période miocène (il y a 11 à 25 millions d’années).
Il a été trouvé sur l’île Seymour (Antarctique) en 1930.(3)

Les mesures ne sont que des estimations effectuées sur les quelques fragments d’os retrouvés.
Sources:
(1)del Hoyo, et al., 1992
(2)Davis and Darby, 1990
(3)Sparks and Soper, 1987
(4)Carroll, 1988
(5)Simpson, 1976

Leur découverte

Les habitants primitifs

Un certain nombre d’espèces était connu et en contact avec les habitants primitifs. Leurs oeufs étaient consommés et ils étaient certainement chassés:

  • Manchot de Humboldt
  • Manchot de Magellan
  • Manchot du Cap
  • Petit manchot bleu
  • Manchot à ailerons blancs

Les explorateurs

Les navigateurs portugais furent les premiers occidentaux à apercevoir des manchots.
On soupçonne que Bartolomeu Dias ait aperçu des manchots du Cap lors de son expédition en 1487-88 jusqu’au cap de Bonne Espérance et les baies d’Algoa et de Mossel.
La première relation écrite de manchots (du Cap) provient de Vasco de Gama qui rejoignit l’Inde en contournant l’Afrique en 1497-99.

L’expédition de Magellan rencontra les manchots de Magellan dans les actuels Argentine et Chili.
Pigafetta les décrit ainsi:

« Depuis, toujours côtoyant cette terre vers le pôle antarctique, nous trouvâmes deux îles pleines d’oies, d’oisons et de loups marins. On ne saurait estimer la grande quantité de ces oisons, car nous en chargeâmes tous les cinq navires en une heure. Ces oisons sont noirs et ont des plumes par tout le corps d’une même grandeur et façon, et ils ne volent point et vivent de poisson. Ils étaient si gras qu’on ne les plumait point, mais on les écorchait. Ils ont le bec comme un corbeau. »

Les explorateurs et les marins apprèciérent rapidement ces drôles d’oiseaux mais ce fut surtout pour leur viande: présents dans des régions reculées, rassemblées en colonies, faciles à attraper.

Les naturalistes

Ces oiseaux furent énigmatiques pour les naturalistes. Pierre Sonnerat les avait même qualifié de ‘poisson à plumes’.

La première description scientifique date de 1769 par Joseph Banks, membre de la première expédition de Cook autour du monde.

Le premier nom scientifique fut attribué par le naturaliste Carl von Linné dans la dixième édition de Systema Naturae (1758) au manchot du Cap: Spheniscus demersus.

Le petit manchot bleu fut décrit par Jame Cook pendant son second tour du monde. Il fut observé en Nouvelle-Zélande (baie Dusky) et en Tasmanie (Australie).

Les manchots royaux furent vus par Louis de Bougainville dans les îles Malouines. Mais leur première description a été faite lors de la deuxième expédition de Cook en 1775. Les poussins, étant tellement distincts des adultes, furent longtemps considérés comme une espèce à part.

Le manchot papou fut décrit pour la première fois en 1776 par l’explorateur et naturaliste français Pierre Sonnerat (1748-1814) dans l’ouvrage Voyage à la Nouvelle-Guinée.

Le manchot Adélie fut découvert et décrit par Dumont d’Urville en janvier 1837. L’expédition avait également trouvé un fragement de coquille d’oeuf de manchot empereur sur de la glace flottante mais elle n’avait pas réalisé cette découverte.

En 1841, l’expédition de Sir James Clark Ross découvrit un oeuf de manchot empereur sur de la glace dérivante. Des manchots empereurs furent également attrapés et décrits.

Exploitation par les hommes

La rencontre hommes-manchots ne fut pas favorable à ces oiseaux. Les hommes tirèrent rapidement parti de cet oiseau gras, peu craintif et relativement facile à attraper.

Les habitants du groupe d’îles Tristan da Cunha dépendent toujours des manchots pour les oeufs, les plumes, l’huile et la peau.(2)

Viande et oeufs

Certaines espèces de manchots étaient déjà connues par les habitants primitifs. On pense que leurs oeufs étaient consommés et qu’ils étaient certainement chassés.

La première exploitation des manchots fut ponctuelle et exceptionnelle par les explorateurs pour leur viande et pour leurs oeufs.
On peut citer Magellan qui fit réserve d’une grande quantité de manchots avant de traverser l’océan Pacifique. Sir Ernest Shackleton a écrit:

« Ce laps de temps est également mis à profit pour abattre une centaine de pingouins (sic) qui […] vont avantageusement compléter notre provision de viande fraîche pour la saison. »
Extrait de Au cœur de l’Antarctique. Vers le pôle Sud, 1908-1909. (p. 50 – Phébus)

« Quatre-vingt dix infortunés pingouins(sic) et un phoque ont du être tués pour nous fournir une provision de viande fraîche. »
Extrait de Le Pourquoi-pas? dans l’Antarctique de Jean-Baptiste Charcot (p.264 – Ed. Arthaud)

Par contre, les pêcheurs, les chasseurs de baleines et de phoques ont souvent considéré les manchots comme étant une source facile et principale de nourriture:

  • Parfois, jusqu’à 300.000 oeufs étaient prélevés par an sur une île africaine.(1)
  • Certains exploreurs allaient jusqu’à tuer et saler 3.000 manchots en un jour pour les provisions de voyage.(2)

Même si le ramassage des oeufs a été officiellement interdit en 1969, le ramassage illégale existe toujours (par ex., les îles Malouines ou l’Afrique du Sud).

Peau et plumes

Pendant une grande partie du XIIIème siécle et du XIXème siècle, la peau des manchots fut utilisée pour fabriquer des chapeaux, des chaussures et des sacs à main.
Les plumes étaient dédiées à la décoration de vêtements et le rembourrage de matelas.(1)(2)(3)

Huile

A l’instar de nombreuses espèces de mammifères marins des eaux antarctiques, l’extraction d’huile de la couche de graisse des manchots est devenue une industrie dans les années 1800 et au début des années 1900.
L’huile était utilisée pour l’éclairage, pour le tannage du cuir et comme fioul.
Dans les îles Malouines, on a estimé à 2 millions et demi de manchots tués sur une période de 16 ans.
L’industrie de l’huile s’est arrêtée en 1918 face aux protestations du grand public et face à l’apparition de produits chimiques moins chers et de meilleure qualité. (1)(3)

Guano

Le guano des manchots de Humboldt a une grande valeur commerciale pour ses principes fertilisants (haute teneur en azote).
Les incas utilisaient déjà le guano des manchots et autres oiseaux marins pour améliorer les taux de productivité agricole. Mais, ils l’exploitaient intelligemment en n’extrayant que des quantités inférieures à celles produites par les oiseaux.
Le guano est devenu l’une des principales valeurs marchandes au XIXème siècle et fut exploité sans restriction. Au début du XXème siècle, les stocks étaient sur le point d’être épuisés.
L’extraction de guano est aujourd’hui mieux controllée mais son exploitation et la présence humaine reste une menace sérieuse pour les manchots.

Sources:
(1)Sparks and Soper, 1987
(2)Simpson, 1976
(3)del Hoyo, et al., 1992
(4)Araya and Todd, 1988

Risques et protection

Risques d’origine naturelle

El Niño

El Niño est un phénoméne naturel périodique et qui n’a commencé à être compris que récemment. Il se traduit par une modification des vents et courants marins habituels. La surface de la mer est réchauffée et la remontée des eaux riches en nutriments est réduite.
Cette baisse de nutriments affecte le planction, le krill et les petits poissons, et par conséquent, toute la chaîne alimentaire des animaux marins.
Les manchots les plus touchés par ce phénomène sont :

  • Manchot de Humboldt
    En 1982, El Niño a causé la disparition de 65% de la population sur les côtes du Pérou.
  • Manchot des Galápagos
    En 1982, 77% de la population a disparu pour ne laisser que 463 manchots. La situation de ces manchots a commencé à se rétablir en 1985(1) pour connaître de nouvelles difficultés en 1998.

Risques d’origine humaine

Pêche surabondante

La surpêche de l’homme pourrait entrainer une diminution des ressources pour les manchots.
Ainsi, la surpêche de l’anchois, la source principale de nourriture pour les manchots de Humboldt, a contribué au déclin de sa population.(4)

Le krill n’est actuellement pas exploité à grande échelle. La valeur commerciale du krill pourrait encourager l’exploitation massive de ces ressources. Cela aurait un impact important sur toute la chaîne alimentaire des animaux marins de l’Antarctique.

Chasse de certaines espèces

Les manchots pourraient être impactés par la chasse aux baleines.
L’augmentation de la population de certaines espèces de manchots depuis 30 ans pourrait être attribuée à la plus grande quantité de krill disponible (due à la baisse du nombre de baleines).

Introduction d’espèces

Les hommes ont introduits de nouvelles espèces qui, certaines, se sont révélées être des prédateurs des manchots. Des herbivores peuvent détériorer l’environnement des manchots.(1)

Présence de l’homme

L’expansion démographique et spatiale de l’homme sur la terre constitue une menace pour de nombreuses espèces d’animaux dont les manchots.

Certaines colonies de manchots ont été affectées par des constructions de bâtiments et de routes. L’exemple le plus frappant est en Afrique du Sud.

Pollution

Les déchets dans les océans sont une menace pour les oiseaux marins. Il est connu que les manchots ont déjà avalé des sacs plastiques ou se sont alors blessés ou tués après s’être trouvés pris au milieu de débris.

Les marées noires touchent également les manchots et sont une menace permanente.
Le fioul souille les plumes, réduisant les propriétés imperméables et isolantes de leur plumage. Les oiseaux sont alors sujet à l’hypothermie.
Les manchots avalent du fioul en se lissant les plumes. Cela les empoisonne et provoque des dégâts internes pouvant mener à la mort.

  • En juin 1994, on estime à 40.000 manchots du Cap touchés par une marée noire (2.400 tonnes de fioul) à proximité de la péninsule du Cap (Afrique du Sud). En pleine période de reproduction, cela a également porté atteinte aux poussins et oeufs non éclos.
  • En 2001, le navire Jessica s’est échoué sur les côtes de l’île de San Cristobal (archipel des Galàpagos)

Des traces de dichlorodiphenyltrichloroethane (DDT) et d’autres pesticides (hydrocarbones chlorés) ont été retrouvés dans les tissus de manchots à jugulaire et d’Adélie. Les scientifiques soupçonnent que ces polluants ont été transportés par les courants océaniques ou par d’autres animaux.(1)

Stress

Des activités, à priori inoffensives, ont un certain impact comme le survol par avion pouvant provoquer panique et affolement dans une colonie de manchots avec risques de blessures et d’être des proies plus faciles.

La montée en puissance du tourisme avec un nombre croissant de bateaux fréquentant les eaux de l’Antarctique. Ces visiteurs doivent veiller à ne pas déranger les manchots et leurs activités. Il est donc nécessaire de rester à distance et de ne pas être bruyant.

Protection des manchots

Toutes les espèces de manchots sont légalement protégées contre la chasse et la collecte des oeufs.

Le BirdLife International & World Conservation Union tient à jour une liste des espèces menacées (IUCN Red List). Actuellement, 12 espèces de manchots y sont répertoriées.

  • Sur le point d’être classée ‘vulnérable’
    • Manchot papou
  • Vulnérable
    • Gorfou sauteur
    • Gorfou macaroni
    • Gorfou des îles Snares
    • Gorfou de Schlegel
    • Gorfou des Fjordland
    • Manchot de Humboldt
    • Manchot du Cap
  • Sur le point d’être menacée
    • Manchot de Magellan
  • Menacée
    • Gorfou huppé
    • Manchot des Galápagos
    • Manchot à oeil jaune

Sources:
(1)del Hoyo, et al., 1992

Etymologie

La confusion est souvent grande entre manchot, pingouin, gorfou et sphénisque d’autant plus que l’anglais et l’espagnol utilisent respectivement les mots penguin et pingüino pour désigner les manchots (et les gorfous).

Pingouin, manchot, gorfou, sphénisque

Pingouin

Ce mot date de la fin du 16ème siècle. Plusieurs hypothèses coexistent sur l’origine de ce mot:

  • du gallois pen gwyn signifiant ‘tête blanche’ (source: Drayton en 1613). Le Grand Pingouin a une petite tâche blanche au niveau des yeux.
  • du latin pinguis signifiant ‘gras’
  • d’une altération de l’anglais pin-wing en référence à ses ailes rudimentaires.
  • certaines sources évoquent également le nom d’une île à proximité de l’île de Terre-Neuve.

Les premières traces écrites de ce mot divergent également. On cite:

  • une lettre des Terre-Neuve de 1578, repris dans l’ouvrage Hakluyt’s voyages
  • le récit de Hore Voyage au Cap Breton (1536)

Manchot

Le mot manchot a pour origine latine mancus signifiant ‘manquer’.
Buffon appliqua ce terme du fait de l’atrophie de leurs ailes qui ne leur permettent pas de voler.

Gorfou

Le mot gorfou serait un dérivé du mot islandais Geirfugl ou danois Goirfugl désignant le Grand Pingouin.

Sphénisque, Sphéniscidé, Sphenisciforme

C’est un terme relativement récent (1815) du grecque spheniskôs signifiant ‘coin’ ou ‘cheville’ et faisant référence à la forme de leurs ailes.

Divergence entre les mots anglais et français

A l’origine, avant la découverte des manchots, les mots ‘pingouin’ (français) et ‘penguin’ (anglais) désignaient le même oiseau: le Grand Pingouin.

Lorque les premiers explorateurs virent dans l’hémisphère sud des oiseaux ne volant pas et ayant une certaine ressemblance physique avec ceux de l’hémisphère nord, ils désignèrent ces oiseaux par le même mot.

Ce n’est qu’après que le biologiste Buffon inventoria l’ensemble des espèces animales. Il distingua les deux familles Sphéniscidés et Alcidés car elles avaient suivi une évolution différente ayant aboutie à des résultats semblables.
Il maintint ‘pingouin’ aux Alcidés et il attribua ‘manchot’ aux Sphéniscidés.

Par contre, le mot anglais penguin ne fut finalement plus qu’attribué à cette nouvelle famille des Sphéniscidés. Le Grand Pingouin prit son nom actuel: Great Auk. Le Pingouin Torda est appelé Razorbill.

Etymologie des genres

  • Aptenodytes : plongeur sans ailes
  • Pygoscelis : pattes coudées
  • Eudyptes : bon plongeur
  • Spheniscus : étymologie identique à Sphénisque
  • Megadyptes : grand plongeur
  • Eudyptula : petit bon plongeur